No offense, mais je ne suis pas à l'aise avec le concept d'appropriation culturelle

Appropriation culturelle

Je ne compte plus le nombre de polémiques sur les réseaux sociaux ou autres médias autour des dérives liées à l'appropriation culturelle. 

Dernièrement, une veste de sport d'inspiration chinoise de la célèbre marque à trois bandes baptisée "New Chinese style". Ou encore les grandes maisons de luxe comme Vuitton ou Isabel Marant épinglées pour s'être un peu trop "inspirées" des traditions Massaï (ethnie d'Afrique de l'Est) ou Purépechas (communauté autochtone du Mexique). 

Dans tous les domaines de la beauté en passant par la mode, mais aussi la cuisine, la musique ... ou toute forme d'art d'une manière générale ... les controverses sont fréquentes ... et honnêtement ... ça me perd un peu ...!

Toutes ces débats animés, je les comprends, mais cela me ramène systématiquement à cette même idée : cette impression de risquer, à titre perso, de faire un impair à chaque pas. 

Des polémiques et des controverses que je ne comprends pas toujours

J'ai du mal à considérer que mon rapport à l'interculturalité puisse être inapproprié. 

Je suis très sensible à l'apport des différentes cultures à travers le monde, à leurs richesses. C'est une source d'inspiration au quotidien pour moi. J'aime cuisiner indien, porter des bijoux amazigh, danser sur du flamenco ... et tous ces débats autour d'actes d'appropriation culturelle, je les vois comme un frein aux échanges interculturels ... c'est flou ... ça me semble parfois disproportionné ... et ça me culpabilise un peu dans mon rapport à l'interculturalité.

Il y a une dizaine d'années, j'ai acheté une jupe dont le tissu est clairement inspiré du Wax. Ce tissu à la connotation affective forte, relié, dans nos esprits, à la culture africaine, je l'ai tout de suite trouvé très beau ! La coupe de cette jupe était parfaite, le tissu agréable et le motif magnifique ! Bref, je l'ai embarquée avec moi avec joie et bonheur. Et puis assez rapidement en fait, je me suis posé à la question de ma légitimité à porter cette jupe alors que je ne suis clairement pas originaire d'Afrique de l'Ouest. Bon alors je vous rassure, j'adore cette jupe, donc je ne m'empêche pas de la mettre régulièrement ! Mais ... il y a toujours une petite partie de moi, moyennement à l'aise quand je la porte ... en lien avec ce concept d'appropriation culturelle.

Et puis je crois fortement en l'interdépendance des cultures : chaque culture, communauté a évolué en s'inspirant de l'autre. Elles se sont influencées mutuellement à travers les époques, et ça, c'est extraordinairement beau et fort pour moi. 

Je mélange tout ? ... peut être .... !

Alors je me suis mise à lire et à me documenter un peu sur ce sujet, pour comprendre pourquoi l'appropriation culturelle est un sujet sensible, polémique, source de militantisme, et surtout comment moi, personne lambda, je pouvais construire mon rapport à l'emprunt culturel.


L'appropriation culturelle, c'est quoi ?

Les Internets foisonnent de définitions sur l'appropriation culturelle. Mais je crois que celle qui m'a paru la plus claire et la plus parlante est celle, Khémais Ben Lakhdar, spécialiste de l'histoire de la Mode. Il définit l'appropriation culturelle comme un emprunt entre les cultures qui s'inscrit dans un rapport de domination. C'est pour lui, un mécanisme de prédation de la culture dans lequel un groupe dominant se saisit d'un objet, d'un vêtement, d'un discours ou d'un symbole, d'un groupe minoritaire en le décontextualisant, en l'appauvrissant, en le resémantisant à des fins capitalistes tout en perpétrant des stéréotypes raciaux ou dérivés du colonialisme.


En quoi est-ce un problème ?

Le problème soulevé par l'appropriation culturelle, c'est donc :
  • lorsqu'un groupe dominant parle "à la place de" sans mentionner de lien de filiation avec sa communauté d'origine,
  • lorsqu'il détourne un objet de son contexte culturel,
  • lorsqu'il nuit à l'identité du bien culturel et de son groupe, souvent, avec mépris,
  • et en se faisant un peu / beaucoup d'argent au passage ... et bien sûr, sans rétribuer les communautés d'origine.

Ces débats sensibles autour de l'appropriation culturelle s'inscrivent dans un contexte historique particulier et toujours délicat : celui de la colonisation. L'appropriation culturelle est perçue comme une prolongation, dans notre ère, des actes de pillage d'une époque révolue...

L'appropriation culturelle est également fortement liée à un contexte économique particulier, celui de la mondialisation. Dénoncer l'appropriation culturelle, c'est aussi critiquer le risque d'une société globalisée où les rares communautés qui ont su conserver leurs spécificités culturelles se voient servir de vivier à la créativité des industries et surtout utilisées comme valeurs marchandes.

Ce qui dérange donc, ce n'est pas la notion d'échange culturel mais l'asymétrie dans ces échanges, avec un groupe dominant qui s'approprie un objet à des fins capitalistes, avec mépris.

Comment un même regard peut être méprisant envers une communauté qui porte un vêtement traditionnel ... et soudain envieux devant la hype de cette même tenue lorsqu'elle se trouve sur le podium d'un défilé haute couture d'une maison de luxe ... C'est fou quand on y pense. 

Trouver les odeurs d'une cuisine traditionnelle envahissantes et écœurantes en même temps qu'elles deviennent raffinées lorsqu'elles émanent d'un resto gastronomique ...


Comment définir mon rapport à l'emprunt culturel ?


Ok, j'ai compris la notion d'appropriation culturelle. Et j'ai compris pourquoi c'est un problème et pourquoi c'est un sujet sensible. Mais j'en fais quoi de mon amour du Wax (entre autres^^) ?

J'ai essayé de construire mon rapport à l'emprunt culturel autour de 5 mots clés (oui, je suis comme ça, je lance des concepts !).

  • Capitalisme

C'est une notion clé des problématiques d'appropriation culturelle. Et donc, maintenant que j'ai compris ça, je me détends !!! Je ne suis pas une industrie surpuissante qui profite financièrement de communautés minoritaires... ! Mais je sais maintenant m'interroger : qui en profite ?

  • Connaissance

Connaître ou chercher à connaître l'origine d'un plat, d'un textile ou d'un symbole culturel, c'est le pas minimum qu'il faut franchir. 
Une institution ou une industrie se d'informer, citer ses sources ou inspirations. Expliquer la symbolique s'il y a lieu.

  • Conscience et intention

S'interroger sur son rapport à la communauté d'origine du bien culturel : respectueux, égalitaire, non stigmatisante, ni cliché of course. 

  • Recul
Un pas en arrière est nécessaire. Je parle beaucoup de mon rapport personnel, en tant qu'individu, du risque de faire preuve d'appropriation culturelle. Mais il faut accepter le ressenti de l'autre, celui qui se sent "spolier" de son héritage culturel.


  • Militantisme

Ce n'est pas mon truc. MAIS, quand c'est possible et réaliste, je me fournis auprès de personnes ou de structures dont je partage ou pense partager les valeurs.


Le pouvoir de l'emprunt culturel

Pour finir, je voulais revenir sur ma jupe en Wax ! En préparant cet article, je me suis renseignée sur l'origine du Wax. Bien que ce tissu soit inscrit dans notre mémoire collective comme un symbole de mode d'Afrique de l'Ouest (et il l'est!) son origine est ... Indonésienne!

Le Wax a été industrialisé en Europe par les Hollandais, en s'inspirant du batik, un tissu indonésien. Il a rencontré un tel succès en Afrique de l'Ouest qu'il s'est développé dans ces communautés qui se sont réappropriées ce tissu en y ajoutant des motifs propres à leur esthétique. Il est aujourd'hui un symbole, en emblème, une source d'expression voir de militantisme. Il revendique une identité et une histoire. Bref, une réappropriation d'une appropriation culturelle, ça a parfois du bon !



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